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Patrimoine. Antiquaire en immeubles, il sauve des chefs-d’oeuvre du péril

Patrimoine. Antiquaire en immeubles, il sauve des chefs-d’oeuvre du péril
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Ce qu’il aime par-dessous tout, ce sont les belles choses. Les beaux endroits. Guillaume Denniel enquille les kilomètres pour dénicher château, manoir et tout autre monument  qui seraient à vendre.

Ici, en Bretagne, mais également en Anjou, en Touraine, en Belgique, en Italie. Sur sa carte de visite, le Finistérien revendique le métier d’antiquaire en immeubles. “Je sauve les chefs-d’oeuvre du péril” sourit ce grand gaillard de 32 ans, tombé dans l’amour du patrimoine dès l’enfance.


L’ancien château d’Edern-Hallier en vente depuis un an


Ce jour-là, nous avons rendez-vous dans la petite commune d’Edern, dans le Finistère. A  l’écart du village, se trouve le château de la Boissière, qui fut longtemps propriété de l’écrivain et polémiste, Jean Edern-Hallier. Racheté par l’homme d’affaires François Gontier en 2002, il est en vente depuis un peu plus d’un an. Guillaume Denniel a hérité du dossier.

A peine descendu de voiture, qui lui sert de bureau itinérant, il enfile bottes et chapeau. Le terrain est gras. L’antiquaire en immeubles, dans son élément. “C’est ce que j’aime aussi dans mon activité : être au grand air”

En même temps qu’une pluie drue, la vision de la bâtisse délabrée nous saisit au détour du chemin fraîchement débroussaillé. Le gardien des lieux, Jonathan, nous explique qu’il vient d’installer un système d’alarme pour freiner la curiosité des visiteurs. A la Boissière, on n’entre plus comme dans un moulin. Désormais, il faut montrer patte blanche. 

Construit au XIVe siècle, brûlé par les Bonnets rouges en 1675, reconstruit à la fin du XVIIe, agrandi par la famille Hallier au XIXe, vendu en 2002, le château de la Boissière tombe en ruine

Construit au XIVe siècle, brûlé par les Bonnets rouges en 1675, reconstruit à la fin du XVIIe, agrandi par la famille Hallier au XIXe, vendu en 2002, le château de la Boissière tombe en ruine

© Carole Collinet-Appéré/France Télévisions


Historien de l’Art


Des ronces ont envahi la porte d’entrée principale. Les volets brinquebalent dans le vide. Certaines fenêtres n’ont plus de carreaux. Le lierre s’est emparé de la façade. Le château de la Boissière, à l’abandon, fait pourtant palpiter le coeur de Guillaume Denniel qui remet bien vite sa casquette d’historien de l’Art.

Une visite avec lui, c’est un voyage dans le temps. Documenté, rigoureux, daté. “La base du château est médiévale, l’aile gauche également. Je dirais milieu du XIVe siècle” relate-t-il. Et de pointer “les angelots qui crachent des grappes de fruits” ou “la petite construction en encorbellement sur la muraille. Ce sont des latrines, caractéristiques du Moyen-Âge”.

La manière dont il raconte n’est pas juste une astuce de vendeur pour épater la galerie. Le jeune homme est diplômé de l’Ecole du Louvre. “Je ne suis pas là pour prendre ma commission, claquer la porte et partir, dit-il. Ce qui m’anime aussi, c’est de faire un vrai travail historique autour du bien à vendre, d’en cerner l’architecture, l’esthétisme et surtout, de participer à la préservation d’un patrimoine dont la valeur marchande n’est pas très importante. Si personne ne s’occupe de ces biens, ils disparaîtront et avec eux, c’est aussi un pan de l’histoire locale qui disparaîtra”.

Nos pas nous mènent au premier étage de la Boissière. Dans une vaste pièce, près de la cheminée : un piano à queue qui a perdu de sa superbe. “Un Pleyel, note Jonathan, le gardien. J’ai essayé de le retaper un peu, mais il est en piteux état”. Seules quelques touches produisent encore des notes.

Dans l'une des pièces du château de la Boissière, ce piano à queue qui a perdu ses notes et sa superbe

Dans l’une des pièces du château de la Boissière, ce piano à queue qui a perdu ses notes et sa superbe

© Carole Collinet-Appéré/France Télévisions


 


J’ai parfois le sentiment d’être un ambulancier du patrimoine

Guillaume Denniel

“Ce genre de maison ne se vend pas en un claquement de doigt” remarque Guillaume Denniel à propos du château de la Boissière. Sur cette vente, il ne dira mot. Si ce n’est que la mise à prix est de 642.000 euros. “Le propriétaire ne vendra pas à n’importe qui. Il veut un porteur de projet motivé”. Et qui aura les moyens de restaurer non seulement le château mais aussi les deux moulins et le pigeonnier. L’antiquaire a déjà des pistes. “C’est confidentiel” précise-t-il tandis que nous empruntons le large escalier en pierre pour atteindre le dernier étage. 

Nous croisons, ici et là, les vestiges laissés par les explorateurs de lieux abandonnés : un tag, des prénoms gravés sur les murs. L’endroit idéal pour qui s’adonne à l’urbex. “Mais on ne veut plus voir personne” prévient Jonathan qui assure des rondes régulières, de jour comme de nuit. Guillaume Denniel approuve d’un hochement de tête.  

 


© Carole Collinet-Appéré/France Télévisions

“Voyez ce blason peint en bleu et rouge sur le mur, celui d’un homme et d’une femme, remarque soudain Guillaume Denniel qui s’empresse de le photographier. La femme, représentée à droite et en rouge, est née la Bouexière, de la famille présente ici originellement. L’homme, je ne sais pas, je vais chercher. Mais les couleurs ont été peintes après et cela fausse l’analyse”.

Les blasons, c’est un peu sa marotte depuis les virées en famille dans les châteaux, manoirs, chapelles et églises quand il était gamin. “Il en a croqué plein, des blasons, se souvient Claude, son père, aussi intarissable que le fils sur l’histoire patrimoniale. Il avait toujours un calepin ou une feuille pour les dessiner”

“Mes parents ont toujours été intéressés par le patrimoine, relate Guillaume. Ils ont passé du temps à rechercher le manoir de leur rêve. On sillonait la Bretagne tous les week-ends. Ils m’ont transmis ce goût pour ce que l’on appelle communément les vieilles pierres. J’étais passionné. Mon frère, en revanche, il était un peu en overdose” rigole-t-il.

Un frère urbaniste, expert en droit immobilier, avec lequel il va s’associer pour créer son activité d’antiquaire en immeubles en 2016.

La nature se fraie un passage dans ce château qui cherche preneur

La nature se fraie un passage dans ce château qui cherche preneur

© Carole Collinet-Appéré/France Télévisions


Du dolmen à la fortification militaire 


Guillaume Denniel est un acharné de travail. Il parcourt en moyenne 10.000 km par mois. “A l’origine, je voulais être commissaire-priseur” confie-t-il. Ce collectionneur d’objets anciens est néanmoins devenu expert en orfèvrerie française du XVIIIe siècle à Drouot. 
“Pour moi, une bonne journée, c’est monter dans ma voiture et aller dénicher un truc chouette”. Ou vendre un dolmen dans le Morbihan, par exemple. “C’était il y a quatre ans. Je l’ai vendu à un spécialiste mondial des magalithes bretons”. Ou encore une fortification française de commandement sur le front de la première Guerre mondiale dans la Somme.

Le catalogue de son agence balaie toutes les époques. Et tous les prix.  Les profils des acheteurs sont tout aussi divers. “Cela va d’une famille qui n’a pas beaucoup de moyens à des personnes plus aisées. Mais ils ont tous en commun l’amour des belles choses et de vouloir réaliser un projet de vie”. Il ne donnera pas plus de détails. Son métier est marqué au sceau du secret.


“On est tombé sur un puits du XVe siècle, venez voir”


Il opère une sorte de profilage des acheteurs. “Je discute beaucoup avec eux en amont pour savoir quelle est leur motivation. Est-ce qu’ils sont là pour faire une bonne affaire, pour y vivre, monter un projet artistique, etc. Je les oblige à garder la tête sur les épaules parce que l’idée n’est pas non plus qu’ils finissent ruinés.”


Tout récemment, une jeune femme de 25 ans, férue du XVe siècle, a fait l’acquisition d’un manoir de cette époque du côté de Morlaix. “Plutôt que s’acheter une maison ou un appartement, elle a choisi ce manoir de 60.000 euros parce que c’est sa passion. C’est elle qui le retapera”

Vendre ne signifie pas boucler le dossier et passer au suivant. “Je reste en contact avec les acheteurs, je suis l’avancée de leur projet. Parfois, ce sont eux qui m’appellent pour me dire : ‘on a défriché et on est tombé sur un puits du XVe siècle, on aimerait bien vous le montrer’. En fait, analyse Guillaume, on est des passionnés. On partage cette même envie de revaloriser le patrimoine”.

 

 

 

 

 

 



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