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À Paris, l’ancien studio photo Rouchon au cœur d’un bras de fer entre riverains et promoteur immobilier

À Paris, l’ancien studio photo Rouchon au cœur d’un bras de fer entre riverains et promoteur immobilier
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Un projet immobilier qui prévoit une surélévation de l’ancien studio Rouchon – un bâtiment industriel datant du XVIIIe siècle – suscite l’inquiétude de certains riverains de l’îlot de la rue Fer-à-Moulin, dans le Ve arrondissement de Paris.

Kate Moss, Claudia Schiffer, les Rolling Stones, Catherine Deneuve, Laetitia Casta, Vanessa Paradis… De nombreuses stars sont passées par le prestigieux studio de photographie de mode Rouchon. Alors que les lieux n’accueillent plus de séances photo depuis longtemps, le bâtiment, construit au XVIIIe siècle, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un bras de fer. Au centre des débats : un projet immobilier, qui prévoit entre autres une surélévation et la construction de cinq appartements neufs au-dessus de cette fabrique. 

Toutes les vedettes du cinéma, du théâtre, tous les mannequins sont passés par là, pendant près de 40 ans“, raconte Peter Thorn, cofondateur du collectif Fer-à-Moulin, qui regroupe 140 riverains répartis dans une dizaine de copropriétés voisines de l’ancien studio. Démolition de plusieurs centaines de mètres carrés, surélévation en béton et en verre pour atteindre une hauteur de sept étages, toit-terrasse… De nombreux habitants s’opposent au projet : “C’est un bâtiment historique du quartier, construit au pied de la Bièvre. C’est totalement anormal qu’il puisse aujourd’hui être menacé. C’est incompréhensible.

 

L’îlot de la rue Fer-à-Moulin se situe à proximité du Jardin des Plantes.

L’îlot de la rue Fer-à-Moulin se situe à proximité du Jardin des Plantes.

© Collectif Fer-à-Moulin

Selon Peter Thorn, il s’agit de “préserver le quartier” : “Ça va beaucoup plus loin que le studio Rouchon. La fabrique, située au 36, rue du Fer-à-Moulin, est un bâtiment très ancien, qui a notamment accueilli une chiffonnerie. C’était par le passé un quartier très pauvre, c’était le petit Paris. La fabrique est le souvenir de tout ça. Il y a aussi un jardin avec des arbres centenaires, un marronnier et un tilleul, que le projet immobilier veut abattre. Il y a également une vieille balance dans une cour, utilisée au début du XXe siècle, c’est unique. On trouve aussi dans cette cour les signatures déposées par les mannequins et toutes les personnes passées par le studio photo.
 

Le studio, en 1973.

Le studio, en 1973.

© Collectif Fer-à-Moulin

Le cofondateur du collectif de riverains souligne l’importance de protéger le charme du site, mais aussi le cadre de vie des habitants : “Dans le quartier, rien ne dépasse quatre étages. Qu’est-ce qu’un immeuble de sept étages viendrait faire ici, comme une verrue déposée sur l’ancienne fabrique ? Ils veulent démolir la toiture de zinc en dents de scie, et monter jusqu’à 23 mètres de haut au total, comme un château avec une vue dégagée sur tout l’Est parisien. Ça serait une anomalie dans le quartier. Ils veulent aussi démolir le jardin, c’est une aberration.

Un bras de fer qui remonte à 2006

Le bras de fer entre le promoteur et les riverains remonte en fait à 2006, lors du rachat du bâtiment industriel par une société immobilière. Comme le racontait Le Parisien en 2007, le studio Rouchon – qui a finalement été poussé à déménager en 2007, laissant les lieux vides – bataillait déjà pour éviter l’expulsion. Le projet, plusieurs fois débouté suite à l’opposition des habitants et de la Commission du Vieux Paris, est aujourd’hui en passe d’aboutir : un permis de construire a été déposé en juin dernier.
 

L'îlot de la rue Fer-à-Moulin est situé sur le passage de la Bièvre.

L’îlot de la rue Fer-à-Moulin est situé sur le passage de la Bièvre.

© Collectif Fer-à-Moulin

Deux réunions publiques ont eu lieu récemment : une première réunissant environ 60 personnes sur place, le 22 septembre dernier ; et une seconde réunissant un centaine de personnes selon Peter Thorn, organisée le 13 octobre par la maire du Ve Florence Berthout dans une salle des fêtes. Peter Thorn explique que le collectif de riverains, qui a lancé une pétition contre le programme locatif, a “commencé les démarches pour faire inscrire la parcelle comme un bâtiment historique” : “Les lieux ne sont ni classés ni protégés, c’est un oubli de l’histoire que l’on essaye de rattraper.
 
Derrière le programme immobilier, se trouve la SCI (société civile immobilière) parisienne Patrimoni Group. L’architecte Damien Ziakovic, dont le cabinet Outsign est chargé du projet, explique que des modifications vont être apportées : “Il y a eu des remarques et des oppositions sur le projet de la part des riverains. La maire Florence Berthout a demandé d’apporter des réponses à ces interrogations. Certaines personnes ne sont pas dans le dialogue et ne veulent rien faire du tout, mais elles me semblent minoritaires.

Nous sommes repartis en conception

Il s’agit d’un projet de surélévation partielle, qui ne concerne qu’une petite partie du bâtiment, et qui permet de le réhabiliter, défend l’architecte. Il y a des observations légitimes, sur les ombres portées ou les matériaux par exemple, et on va essayer d’en tenir compte. C’est notre métier : tenter d’ajuster, d’adapter, de reconfigurer le projet, et d’apporter une solution architecturale. Nous sommes repartis en conception pour intégrer les remarques constructives.

“C’est assez typique des îlots qu’on trouve dans le Ve arrondissement : des petits trésors locaux”

Du côté de la mairie du Ve, Anne Biraben, chargée de l’urbanisme, du logement, des économies d’énergie et du patrimoine au sein de l’arrondissement, souligne d’abord l’intérêt patrimonial du site : “C’est une parcelle assez emblématique, avec un charme indéniable et une certaine quiétude. C’est assez typique des îlots qu’on trouve dans le Ve arrondissement : des petits trésors locaux, qui ne sont pas si nombreux à Paris.

J’écoute beaucoup les porteurs du projet, et les riverains, qui sont les premiers concernés, explique Anne Biraben (LR), élue en juin dernier au Conseil de Paris. Il y a certainement un aménagement à faire sur l’îlot, c’est un peu vétuste. Mais il faut être parfaitement respectueux de l’aspect patrimonial, et le projet proposé actuellement est peut-être d’une trop grande échelle. Et il faut aussi conserver les lieux pour les partager avec le plus grand nombre.

 

L’îlot abrite des arbres centenaires, selon Peter Thorn.

L’îlot abrite des arbres centenaires, selon Peter Thorn.

© Collectif Fer-à-Moulin

D’après l’élue, présente lors de la dernière réunion publique, il est important de prendre en compte le passage de la Bièvre, une rivière qui serpentait autrefois le sud de la capitale : “Il faut tenir compte du projet de rouvrir cet affluent de la Seine. Je ne sais pas si ça se fera, ça pourrait plusieurs dizaines d’années, mais l’aménagement pourrait s’inscrire dans cette démarche.” Anne Biraben rappelle aussi le projet au niveau de la Ville de réviser le PRU (Projet de Rénovation Urbaine) : “Les travaux commencent bientôt. On est passé à un stade où ce genre de projets architecturaux interroge, et il faut aussi adapter les règles.

De son côté, Peter Thorn précise que le collectif Fer-à-Moulin a engagé des démarches pour demander de repousser la date d’annonce de la décision concernant le permis de construire, prévue en janvier.

 



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